La première fois que j'ai entendu parler des changements liés à la Loi 29, je me suis dit que j'étais bien content de ne plus être revendeur.
Le 5 octobre 2025, une première étape est arrivée. Une simple affiche pouvait libérer les commerçants de la partie « garantie de disponibilité ». Cette année, j'ai vu approcher l'entrée en vigueur du dernier volet, la garantie de bon fonctionnement, et je me suis dit que nos clients allaient nous demander d'adapter notre solution.
Personne ne l'a demandé. C'est moi qui ai lancé les conversations, pour ne pas me retrouver avec une demande de dernière minute.
Des commerçants laissés à eux-mêmes
Plusieurs commerçants me disaient se sentir laissés à eux-mêmes, sans nouvelles des manufacturiers. D'autres me répondaient que tout serait beau, parce que les manufacturiers allaient les aider. Ce sont pourtant les mêmes manufacturiers qui, quelques semaines avant le 5 octobre 2026, n'avaient pas entendu parler de la loi ou ne savaient pas encore comment l'appliquer.
Une décision avec des ressources limitées
Quand on est un petit SaaS, nos ressources sont limitées. Avant de développer quoi que ce soit, j'ai consulté nos clients et nos prospects qui font affaire avec des particuliers, par sondage. J'ai aussi publié une dizaine de capsules vidéo sur les réseaux sociaux pour sensibiliser les commerçants.
Dix commerçants se sont montrés intéressés, à ce qu'on développe quelque chose et possiblement une formation pour eux et leurs équipes. Dix, c'est peu pour amortir un développement. Je savais que les dix ne signeraient pas, mais je m'attendais à cinq.
J'ai quand même décidé d'y aller. Un bouleversement dans le marché est une occasion de se distinguer, et notre valeur, c'est d'être professionnels. Une solution professionnelle doit respecter les lois en place.
Il faut aussi dire que j'avais commencé des démarches en mai. Mais un projet imprévu, le changement de notre fournisseur de contenu, était plus urgent et nous a retardés jusqu'en août. Quand j'ai repris le dossier, il restait peu de temps. Je ne pouvais pas appeler les clients un par un pour leur demander comment ils comptaient agir, ni vérifier s'ils comprenaient bien la loi. Ce délai trop court, c'est mon erreur.
Ce que ça a coûté
J'ai mandaté un avocat spécialisé pour répondre à nos questions pendant la création de la formation. La facture dépasse 11 000 $. J'ai devancé notre plateforme de formation en ligne pour pouvoir y offrir des formations payantes. Je l'ai montée en une fin de semaine. J'ai passé trois autres fins de semaine à préparer et à réviser le contenu de la formation, et une autre à faire une preuve de concept pour générer automatiquement les vidéos. Produire les vidéos de cette formation nous coûtera encore environ 1 000 $.
Quand la facture de l'avocat est arrivée, il y a eu du découragement. Quand un seul revendeur a confirmé, il y en a eu encore.
Le résultat
Je me suis trompé. Un client a signé pour les nouvelles fonctionnalités, et une licence de formation a été vendue pour un employé. Pas la formation des dirigeants, qui est plus complète.
Depuis le 5 octobre, j'ai visité plusieurs sites de commerce en ligne et quelques commerçants. Certains ont fait un effort, mais ce n'est pas ce que l'Office de la protection du consommateur donne en exemple. D'autres n'affichent rien, alors que je sais qu'ils sont centres de service pour un manufacturier. Selon mes observations, aucun n'a mis en place ce que l'OPC donne en exemple. Si vous en connaissez un, écrivez-le en commentaire, j'irai le voir.
Je trouve ça ironique. Les petits revendeurs me disent que leur différence, c'est le service. Ils veulent devenir centres de service. La loi leur donne une occasion de le montrer à tout le monde, et plusieurs affichent « services de réparation non disponibles ».
La Loi 29 n'est clairement pas une priorité pour les commerçants.
Ce que ça m'a laissé
D'abord, une leçon que j'oublie trop souvent : ce n'est pas parce qu'on envoie un ou deux courriels que les clients sont au courant. Il faut répéter le même message, de différentes façons. Et parfois, il faut d'abord faire réaliser au client qu'il ne connaît pas la loi.
Ensuite, nous avons une preuve de concept qui fonctionne pour produire automatiquement les vidéos de nos formations.
Enfin, je sais maintenant que monter une formation (recherche, rédaction, révision, découpage en chapitres, questions de révision) est beaucoup plus lourd que je pensais, même avec des workflows et l'aide des LLM.
Est-ce vraiment une erreur?
Je ne peux pas garantir que je referais exactement la même chose. 11 000 $, dans le budget d'un SaaS, c'est une dépense importante. Avec plus de temps, j'aurais appelé mes clients un par un avant de m'engager.
Mais nous sommes reconnus pour une solution innovante, pour donner des informations exactes à nos clients et pour faire les choses correctement. Innover, c'est accepter de se tromper ou d'arriver trop tôt. Faire les choses correctement, ça a un coût.
Un seul client a accepté de payer pour ces nouvelles fonctionnalités. Pourtant, je ne crois pas avoir fait une erreur.
Selon vous, faire la bonne chose, est-ce que ça peut être une erreur?
Chez EStaff Plus, nous sommes prêts à faire ce qu'il faut quand c'est la bonne chose à faire.



